Je voulais sortir d’une ornière sentimentale et j’ai vu dans ma dérive Parisienne la seule issue de ma délivrance. Ce fut vainement. J’ai trébuché à chaque pas, et jusqu’au petit matin, sur l’ombre de moi-même. J’ai vu le pont Royal. Il m’a sacré en faisant peser sur mes épaules le poids d’un mentaux si lourd que j’en suis tombé en génuflexion. Le pont de la Concorde m’a fait croire un instant que ma peine était partagée par d’autres et le pont Alexandre III a soutenu mon cœur malade lorsqu’il s’est souvenu que j’y ai vomi en souvenir d’elle. Quant au pont des Invalides, il m’a accueilli en camarade et je suis resté là le temps d’un dernier alcool entre naufragés.

Don y Dona Carlo
Je viens de rentrer et mes jambes sont meurtries par tant d’efforts. Mes épaules ne supportent plus le poids de tant de mélancolie et mes pieds sont brûlants par tant de pas. La nuit est passée et le jour pointe vers sept heures du matin.
Je sais, ma belle, que tu es dans ton plus profond sommeil et je vais m’aliter, moi aussi. Et pour canaliser la rébellion qui gronde encore en moi, je vais rêver d'une nouvelle quête comme si la nuit n’avait pas filé sans la nourriture d'une l'illusion… Et voilà que mon rêve vient.

Duerme

J’embrasse ta gorge par la droite comme pour te dire un secret. Un baiser sur ta jugulaire, à un pouce au-dessous de ton oreille, là où j’ai toutes les chances de me perdre : dans la broussaille de tes cheveux. Là où j’ai toutes les chances de m’enflammer : dans les effluves de ton parfum. Là où j’ai toutes les chances d’atteindre ton cœur et de m’y noyer : par cette veine qui y va sans détour.
Je suis si fatigué…