J'ai marché sur la nuit.
Par Ricardo Casal le jeudi 5 mars 2009, 17:14 - HUMEURS - Lien permanent
Je voulais sortir d’une ornière sentimentale et j’ai vu dans ma dérive
Parisienne la seule issue de ma délivrance. Ce fut vainement. J’ai trébuché à
chaque pas, et jusqu’au petit matin, sur l’ombre de moi-même. J’ai vu le pont
Royal. Il m’a sacré en faisant peser sur mes épaules le poids d’un mentaux si
lourd que j’en suis tombé en génuflexion. Le pont de la Concorde m’a fait
croire un instant que ma peine était partagée par d’autres et le pont Alexandre
III a soutenu mon cœur malade lorsqu’il s’est souvenu que j’y ai vomi en
souvenir d’elle. Quant au pont des Invalides, il m’a accueilli en camarade et
je suis resté là le temps d’un dernier alcool entre naufragés.

Je viens de rentrer et mes jambes sont meurtries par tant d’efforts. Mes
épaules ne supportent plus le poids de tant de mélancolie et mes pieds sont
brûlants par tant de pas. La nuit est passée et le jour pointe vers sept heures
du matin.
Je sais, ma belle, que tu es dans ton plus profond sommeil et je vais m’aliter,
moi aussi. Et pour canaliser la rébellion qui gronde encore en moi, je vais
rêver d'une nouvelle quête comme si la nuit n’avait pas filé sans la nourriture
d'une l'illusion… Et voilà que mon rêve vient.

J’embrasse ta gorge par la droite comme pour te dire un secret. Un baiser
sur ta jugulaire, à un pouce au-dessous de ton oreille, là où j’ai toutes les
chances de me perdre : dans la broussaille de tes cheveux. Là où j’ai
toutes les chances de m’enflammer : dans les effluves de ton parfum. Là où
j’ai toutes les chances d’atteindre ton cœur et de m’y noyer : par cette
veine qui y va sans détour.
Je suis si fatigué…