Le clame plat n’est pas recherché, il ennui. Une petite houle est l’idéal. On monte doucement puis l’on redescend tout aussi lentement. On respire profondément et l’on contemple le paysage, ses couleurs variées, ses charmes subtiles, ses aubes et ses crépuscules romantiques, et dans ce rythme lascif, sans heur, on songe dans un demi sommeil que la vie est merveilleuse. Mais il ne faut pas rêver : l’idéal ne se rencontre que très rarement dans ce monde. En tous cas, ces moments privilégiés ne sont pas mon quotidien ! A dire vrai, ils ne l’ont jamais été.

Mon passé est fait de fracas, de tempêtes, de maelstrom si puissantes qu’ils m’ont m’englouti, corps et âme, dans des abysses. J’ai tellement tiré le Diable par la queue que l’odeur fétide de son trou du cul est imprimé dans ma mémoire à jamais. Oui, mon passé sent le souffre de son anus.

Pourquoi ce tumulte ? Pourquoi cette destinée ? J’ai cherché des raisons mais je n’ai rien, aucun élément sérieux pour esquisser une réponse. Et si aujourd’hui je suis en santé, je ne le comprends pas non plus car les forces qui m’ont agressé sont aussi puissantes que celles qui m’ont épargné et c’est un mystère complet.

Ce que je sais avec certitude (et c’est l’objet de ce billet) c’est que malgré ces épreuves je n’ai rien perdu de ma sensibilité et mon émotion est resté intacte : pure, intelligente et curieuse, courageuse. Alors, naturellement, j’ai de l’affection pour la force de cette âme qui vit en moi ; pour ce cœur qui ne m’a jamais lâché ; pour ce corps qui m’a toujours soutenu physiquement et pour cette foi, qui, solide comme un bâton, n’a jamais déserté ma main.

D’où me vient cette force ? De la création. La recherche du beau a toujours été mon bâton. Une voix salutaire. Mon refuge. Dès les premières batailles livrées, c’est dans la création que je me suis barricadé. C’est en elle que j’ai trouvé une puissante force de réconfort. Elle m’a reconstruit quand j’étais démoli. Sauvé, quand le poison glaçait mes membres. Conseillé, quand je n’y comprenais rien à rien. Aimée, quand j’étais seul et désespéré. Eveillé, quand j’étais assommé. Elle m’a tenu la main lorsque j’étais au bord de fatals précipices car elle sait deux choses : d’abord, qu’il ne faut rater aucune occasions de se mesurer à soi-même pour progresser, et ensuite : que, sans elle, je ne serais pas revenu sain et sauf de ces épreuves. Elle m’a été d’une fidélité sans faille même quand il m’est arrivé de la rejeter. Elle ne m’a jamais trahi, jamais abandonnée. Je lui dois tout, jusqu’à la vie.

Aujourd’hui encore sa tendresse oriente mes décisions et je vais, non sans doutes, vers un futur voilé de troublantes incertitudes. Mais c’est ainsi : elle est mon compas et j’accepte ses orientations sans me mutiner. Maintenant, et même si le sentiment de ne pas mériter son attention ne me quitte jamais, je lui suis entièrement dévoué car ce dont je ne doute pas, c’est de sa permanente compagnie. Elle fera de moi ce qu’elle veut. Quel que soit le lieu ou j’échoue, rocher ou plage, peut m’importe. Je sais que partout et en toutes occasions, c’est sa voix que j’entendrais venir à mon secours.

Et toi ! Toi qui critiques mes mots ou mes œuvres ! Lorsque tu viendras discuter de mon travail, adresse-toi à elle. Car moi, finalement, je ne suis qu’un amant servile qui exécute les ordres de sa bonne maîtresse.