Acte I. L’arbre devant ma fenêtre danse comme une algue marine dans un courant océanique. C’est le vent turbulent d’un orage qui approche et que les branches épousent. Si elles plient, indisciplinées, c’est parce qu’elles ont peur de se rompre. La vie est forte pour résister à de si puissantes attaques, ingénieuse, prodigieuse.

C’est le fracas violent d’un taffetas qui éveille ma curiosité et je sors sur mon balcon. Par envolées successives et désordonnées, comme pour fuir un ennemi, des grappes de feuilles s’échappent de la tignasse rebelle. On dirait des colombes en déroute qui s’envolent vers le gris des toits. Et puis, bien au-dessus, le ciel contraste un gris de plomb presque noir avec des volutes ventrues d’une blancheur de lait. On dirait mille ventres sur le point d'accoucher d'une portée de diables terrifiants.

Acte II. L’éclair photographie Montmartre et son grondement lui fait cortège d’Est en Ouest, rapidement. Et puis, d’un coup plus bruyant que le tonner qui les a précédé, une fusillade de gouttes martèlent le sol. C’est à couper le souffle. Deux arcs électriques communient dans la masse grise comme si le ciel et la terre avaient pactisé l’apocalypse…. Le tonner vient de me figer dans la pierre !

Je suis seul, debout sur mon balcon, exposé aux souffles de bourrasques et je suis surexcité. À l’abri de mon rocher je me prends pour un prédateur. J’ai l’œil vif et le cœur vaillant, prêt à fondre sur la première proie. C'est ce que je ferais sans attendre, oui, à la première clémence du ciel.

C’est un décor de tragédie où Dieu et Diable se disputent le terrain dans un effroyable face à face. Rien n’y est de trop. Tout est subtil et violent, logique et désordonné, graphique et abstrait, nuancé et contrasté, changeant, figé, terriblement sécurisé, sans danger. Pourquoi suis-je tant excité par ces forces apocalyptiques ?

Acte III. Je le sais, je le sens. Je vois maintenant s’éloigner les cavaliers du chao dans les coups d’éclairs qui colorent d’éphémères auréoles roses la nuit qui domine encore.
C’est grandiose ! Maintenant je veux rouler mon corps dans cette nouvelle vie, rincée et propre. C’est la chance d’une renaissance : celle de me débarrasser des décombres de mon passé. Mes poumons inhalent l’humidité à un rythme inhabituel, mon cœur cogne et c’est bien.

J’ai le cœur à faire la fête, danser, rire et patauger, débrider ma folie, lâcher prise. Je veux ouvrir la bouche et manger la pluie. Je veux m’enivrer des parfums de cet orage. Merci. Je veux crier aussi fort qu’il m’est possible de le faire. Et puis, enfin, abattu, quand l’eau m’aura lavé de toutes mes défaites, je veux tomber à genoux dans les courants des caniveaux et prier pour cette promesse de jour nouveau qui viendra demain….

Ce n’est plus le crépuscule, c’est la nuit noire : celle qui appartient au silence de mes phrases.

L’air de la nuit est trop frais pour un été qui vient de mourir. Dans l’atmosphère de cette lutte, je distingue encore l’odeur de l’été et de l’hiver confondu dans la symbiose d’un cri d’amour. C’est comme si j’étais à la croisée d’un chemin… Je le suis… Je le souhaite…, l’espère. Je veux renaître demain.