Le soleil qui illuminait ma vie venait de se voiler : celui qui brille
au zénith, qui réchauffe les jours présents et qui donne un sens au futur.
L’obscurité d’une nuit intérieure s’était installée, solitaire, sans partage,
sans amour et sans projet, pas même la lueur d’une quête nouvelle. Sans repère
et sans bâton, l’homme fort que j’étais est devenu une proie facile à duper,
fragile et en grand danger. Chaque carrefour est devenu un piège. Mes sommeils
et mes repos étaient impossibles. Chacun de mes pas se faisait dans l’effort
d’un désespoir à porter. Chaque décision était prise dans l’inconfort de
l’insécurité et l’obstacle de l’ignorance. Pourtant, j’ai marché et j’ai
décidé. Je devais fuir. Partir vers l’occident pour trouver le réconfort d’un
soleil nouveau. C’est dans cet état que je suis arrivé sur Océan Drive, à
Miami. C’était un jour de juin. Il était cinq heure du matin. J’étais seul et
je n’avais pas sommeil.
Je marchais lentement, presque titubant, désorienté d’avoir couru vers
l’occident pour y trouver le soleil. Je n’avais pas de but, sauf celui de
rester là quelques semaines. Je n’avais rien d’autre. J’étais sans savoir,
étonné d’être là, abruti. J’avais décidé de fuir et j’avais fui ! mais je
n’avais rien perdu, rien quitter, rien trouver : j’étais toujours moi,
comme hier…, pire même, puisque j’étais maintenant fragile dans un monde
inconnu.

Au-dessus de moi le ciel menaçait d’exploser d’un instant à l’autre. D’immenses
cumulus gris se dessinaient dans un ciel encore sombre. Et puis, lentement, au
rythme de mes propres pas, la sphère rougeoyante du soleil s’est levée sur
l’Atlantique. Ses rayons ont gobé l’océan. Ils ont transpercé l’armé de cumulus
de javelots roses, rouges et violacés. Ils ont ensuite incendié les palmes du
bord de mer, puis frappé les hôtels art déco d’une lumière colorée de pastel
tendre. Défiant l’orage qui menaçait, je me suis senti bien, nouveau, et je me
suis immobilité pour m’offrir tout entier à cet office.
J’ai accueilli le réveil de ce nouveau monde et j’ai su, dès cet instant, qu’un
autre amour allait prendre racine en moi ; qu’il allait s’épanouir pour
redonner des perspectibes à ma vie. J’en étais sûr, un amour possible ou
impossible allait bientôt engloutir le passé. Et qu’importe si cet amour ne
serait que l’aliment d’une illusion. J’étais prêt à m’y noyer corps et âme car
l’important, finalement, n’est-ce pas la quête de l’amour glorieux ?
Comme moi, La fille d’Océan Drive avait les yeux tristes d’un amour perdu mais
lorsqu’elle regardait le soleil, il y avait de l’or dans sa tristesse….




