S’il faut du courage pour faire une chose qui sorte de l’ordinaire, il en
faut encore plus pour défaire cette chose et recommencer. Faire, défaire, et
refaire encore, inlassablement, pour s’améliorer toujours, au prix d’une
vie : de sa propre vie, c’est tuant.
Pour me distraire de cette pensée, ou plutôt, pour alimenter mon raisonnement
d’autres points de vue, j’ai cherché des soutiens et c’est dans un discours de
Jean Jaurès que j’ai trouvé, éclatante de vérité, la meilleure définition du
courage. Comme à mon habitude, j’ai tronqué le texte mais je vous livre les
plus beaux extraits.
Ce discours à la jeunesse, Jaurès l’a prononcé le 30 juillet 1903 au lycée
d’Albi. C’est une pièce maîtresse, un morceau d’art pur, une symphonie
intemporelle, et il a sa place dans ce blog en préambule à l’œuvre que je
présente. J’espère qu’il vous nourrira comme il m’a nourri.
{{"…Le courage pour vous tous, courage de toutes les heures, c’est de
supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que
prodigue la vie. Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des
impressions et des forces ; c’est de garder dans les lassitudes
inévitables l’habitude du travail et de l’action. Le courage dans le désordre
infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c’est de choisir un métier
et de le bien faire, quel qu’il soit ; c’est de ne pas se rebuter du
détail minutieux ou monotone ; c’est de devenir, autant que l’on peut, un
technicien accompli….
… Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de
l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant à la vie
générale….
… C’est d’accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à
l’art, d’accueillir, d’explorer la complexité presque infinie des faits et des
détails…
… Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de n’en
pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c’est d’aimer la vie
et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et
de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes
sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il
lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la
dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et
de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux
applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques…}}

Dire que ce texte est approprié à l’œuvre présentée ci-dessus est
nécessaire. Je sais, vous vous demandez quel est le rapport avec le courage. Le
voilà : j’ai détruit cinq fois cette toile et je vais la détruire encore.
Pourquoi ? Sur le moment, on ne connaît pas toujours les raisons et les
causes exactes qui conduisent à réaliser tel ou tel sujet. Pour celui-ci (et je
ne l’ai compris que récemment) je cherchais inconsciemment à matérialiser sur
la toile la fusion d’un amour. L’idée est bonne ! Oui, mais l’idée était
éventée car l’amour en question n’était plus. Cet amour se mourrait, et tenter
de le retenir a été ma faute. Je l’admets, je me suis enferré dans ce mensonge
et Je n’ai pas réussi cette œuvre. Normal. Maintenant j’y vois clair et c’est
pourquoi j’ai scellé son sort. C’est sans regret que je vais la livrer au
cutter. Peut-être qu’avec le temps, un autre amour peut-être, j’y reviendrai.
Je ne sais pas.