Ricardo Casal

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COPIES

“Qu’est-c'que j'vais faire aujourd’hui ?…“


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jeudi 14 janvier 2010

En Attandant le printemps…

Quand l’énergie créative s’en est allée, comme c’est le cas pour moi en ce moment, plusieurs remèdes se présentent : se noyer dans l’alcool ; flotter dans les paradis artificiels que procurent l’usage des stupéfiants ; s’anesthésier de barbituriques ; dormir nuit et jour enfoui sous un épais oreiller, ou s’éloigner, fuir au bout du monde pour éviter le combat qui accompagne le choc dépressif d’une perte.

Diego Velasquez
Je n’ai fait aucun de ces choix. Je les ai jugés dangereux, lâches et faciles d’accès pour certains. Mais surtout, sans effet positif. J’ai pourtant fait un choix, il le fallait. J’ai donc opté pour l’option la plus folle, sans doute la plus difficile aussi : affronter ma stérilité créative, l'accepter pour en sortir au plus vite…

Johannes Vermeer

Ma métamorphose ne s’est pas encore produite, bien sûr, mais je suis en chemin. En attendant, j'ai fait ce que les patients dociles font : occuper mon temps. Logiquement, j’ai fait mes gammes : j’ai copié Diego Velasquez, Johannes Vermeer et Eugène Delacroix.
C’était un projet d’enfance et le voilà désormais réalisé, c’est bien.

L'orpheline au cimetière“ d’Eugène Delacroix, étapes par étapes.


Première étape. Passage d’un jus à l’essence, puis, une demi-heure plus tard, passage d’une couche plus épaisse mais cette fois, j’utilise l’huile noire. Ça couvre bien et c’est agréable. C’est du “gras sur maigre“ et ça marche bien.
Deuxième étape.
Pour débuter, passage d’un jus à l’essence, laisser prendre, puis couvrir avec une demi-pâte diluée à huile noire et medium gel. Plus on laisse prendre avant de revenir et mieux c’est.
Plus les couches s’additionnent et plus le relief se module. Peu à peu, cette orpheline ne m’est plus tout à fait inconnue. À mesure que je pose le pigment, je me transporte dans cette année 1824 et dans le décor de ce cimetière. C’est une journée de printemps. J’entends les bruits alentour et je commence à percevoir, de plus en plus nettement, ce qui s’est passé cette journée-là. Je devine cette fille. Sa modeste condition, soumise et sans illusion. Sa solitude et sa tristesse aussi. Je sens l’émotion qui l’a envahie lorsqu’elle a posé pour Delacroix, le bourgeois des nobles quartiers et j’imagine les idées qui ont circulé dans son esprit pendant cette séance de croquis : l’illustre espoir d’être un jour célèbre. C’est ce que je suppose !…

Eugène Delacroix
Troisième étape.
Passage d’un jus à l’essence. Laisser prendre. Dans le gobelet : gel médium et essence. Ensuite, poser une demi-pâte. Laisser prendre. Poser des rehauts. Ça accroche bien. Travaille agréable. Possibilité de reprises si on attend assez longtemps. C’est l’attente entre les reprises qui est difficile à gérer….
Entre deux étapes, je caresse le support de la toile pour vérifier la siccativité de ma pâte, et, curieusement, c’est un buste que je touche. Je goûte maintenant à l’odeur aigre-douce d’un parfum. C’est une odeur de sueur, de vie, de soleil brûlant. J’ai envie d’aimer cette fille, de lui apporter mon soutien, lui dire des mots d’affection, d’amour aussi, pour la rassurer. Je veux surtout la faire sortir de son cadre et l’immortalité en hommage à sa beauté. C’est fou ! Je me demande à quel moment cette fille a pris conscience qu’elle serait célèbre ?…
Au-delà d’un stade, une fois le labeur de l’artiste dépassé, des portes s’entrouvrent. L’ouvrage devient fusionnel, c’est une inspiration, l’illumination. C’est peut-être ça, la grâce Divine… La puissance de cette émotion est très supérieure à toutes les peines du monde.
J’ai hâte de déposer, d’une touche finale dans son globe oculaire, l’éclat de la lumière céleste… Mais je me retiens !… Comme c’est difficile !
Quatrième étape.
Passage d’un jus avant de revenir dessus en demi-pâte. C’est terrible car j’ai l’impression de détruire le travail que j’ai fait. J’ai du mal à attendre le temps nécessaire. Comment retenir ma main alors que j’ai le sentiment d’avoir tout gâté ? Mon devoir maintenant est de réparer cette souillure !… C’est un impératif ! Le travail se fait au prix d’une bataille pour maîtriser le temps et mon geste.
Progressivement elle revient à elle, reprend vie. C’est encore mieux qu’auparavant. Plus vivant. Je l’entends. Cette jeune fille triste dit des mots imparfaits. Elle m’émeut et je la trouble. Elle ne sait plus qui aimer : Delacroix ou moi…. Désormais, Eugène et moi sommes rivaux. Je vais donner le meilleur de mon pinceau car je veux qu’elle n’aime que moi.
Y arriverais-je ?
Dernière étape.
Mon médium est peu dilué dans mon gobelet. Je l’emploie presque pur. Je ne sais pas ce que je fais : si j’améliore ou je barbouille…. J’ai peur. Est-ce le trac de mal faire ?… Non ! Alors c’est autre chose.
C’est fait, la voilà terminée et je suis sans mot. J’avais raison ! ce n’est pas le trac de mal faire qui m’a freiné, c’était autre chose : j’avais peur de terminer, car finir, c’est cesser de créer, d’aimer… de toucher. Accepter cette échéance, c’est accepter de ne plus donner, de ne plus recevoir, ne plus l’entendre, elle, cette jeune orpheline qui parle maintenant à mon cœur.
Elle me dit : « je suis une image du passé, depuis, j’ai vieilli et je me suis enlaidi, ensuite, fatiguée, j’ai quitté ce monde à la hâte et sans regret car je suis éternelle. »
Elle ment pour tempérer ma tristesse, pour me remercier. Elle est mon œuvre de mon ouvrage, ma Muse, et c'est à moi de la remercier !

dimanche 12 octobre 2008

Ma copie au Louvre

“Qu’est-c'que j’vais faire aujourd’hui ?…“ Quand je me pose cette question, c’est que l’oxygène ne ventile plus mon cerveau, qu'il est en carence de glucose, de magnésium et d'amour. Aussitôt, pour secourir cette urgence, un impératif s’impose : répondre.
Je suis sûr que c’est dans un moment comme celui-ci que je me suis fixé l’objectif de cette copie au Louvre.
Je sais ! Je ne suis pas très différent de celui qui choisit les drogues ou l’alcool pour contourner les troubles vertigineux auxquels la vie nous expose à un moment ou à un autre. Finalement, j’ai de la chance : j'aime l'art, sinon…
L’œuvre ci-dessous est la copie que j’ai réalisée. Je la nome “Les Quatre Damnés d'après Crespi“. Copie_Crespi.jpg Pourquoi j’ai copié ? Je ne sais pas, je ne sais plus. En dehors, bien sûr, de cette œuvre réalisée, il ne reste aujourd’hui, et alors que plusieurs mois se sont écoulés, que le sentiment fugace d’une aventure lointaine. Ce n’est qu’à la vision de ces films que je peux me faire une idée des raisons qui m’ont amenées au Musée du Louvre….