Lorsque je retrouve Claude, j’ai envie de l’enlacer de mes bras afin de lui
témoigner mon affection, et si je ne le fais pas, c’est parce que ma tendresse
est si grande (moi si fort et lui si frêle) que j’ai peur de le casser en deux.
Cet homme m’est précieux, si fragile physiquement et si puissant
intellectuellement, si généreux aussi. La simplicité de sa nature me trouble et
je l’aime pour ça.
Pourquoi cette entrée en matière à propos d’un presque inconnu du public ?
Tout d’abord, sans cet homme, ces lignes n’auraient aucune valeur. Elles en
ont. Au point d’affirmer que l’enseignement de cet homme est inestimable.
Ensuite, l’affection entraînant l’affection, j’espère que vous l’aimerez, comme
moi. Soit comme artiste peintre, soit comme homme de science ou historien, peu
importe. L’important, c’est de le connaître.
Claude Yvel a écrit deux livres. L’un sur la peinture à l’huile, l’autre sur
les techniques à l’eau. Vous pouvez
trouver ces ouvrages aux Editions Edisud.
Beaucoup de livres méritent de finir broyés sous le pilon des invendus, ceux
de Claude Yvel ne se perdront pas, croyez-moi, et j’encourage tous les artistes
peintres à se les procurer.
Avant d’aller plus loin, une petite précision : je n’ai pas l’intention
d’écrire un long chapitre sur les techniques de la peinture à l’huile, ni sur
les interdictions ou les raisons qui ont mené tel ou tel fabricant à choisir
une huile plutôt qu’une autre pour broyer les pigments. Si vous voulez
approfondir le sujet, lisez Claude Yvel et les autres…. Personnellement, je ne
suis qu’un relais et cela me convient tout à fait.
J’aborde maintenant le sujet de ce billet qui concerne les huiles à peindre.
J’ai pressé Claude de répondre à une question essentielle : quelle huile
le peintre doit-il utiliser ? et lors de nos échanges, nous avons procédé,
ensemble, à des expériences sur les huiles siccatives : huile de lin,
huile de noix, lithargée ou crue et le test réalisé est tellement brillant
qu’il mérite d’être exposé dans tous les manuels de peinture. Le voilà…
:

… Il se passe de commentaire, mais je n’y résiste pas. Quelques mots pour
illustrer ce document. Nous avons déposé de petites touches d’huile sur un
papier buvard. De gauche à droite : huile de lin, huile de noix crue,
huile de noix cuite à la litharge (huile noire) et une autre huile de noix crue
(d’une autre provenance).
Le test saute aux yeux. L’huile de lin est jaune, celle de noix est plus
blanche. Quant à l’huile de noix cuite à la litharge, elle est éclatante !
Désormais le peintre sait quelle huile utiliser ! Le problème réside en
ceci : les produits au plomb sont interdits à la vente ! Mais ne
désarmez pas. Demandez (et insistez s’il le faut !) et vous serez écouté.
Personnellement, j’utilise de l’huile de noix cuite à la litharge, ainsi que du
blanc de plomb. Tenez, voici un autre document que je vous invite à lire et qui
est, lui aussi, excellent dans sa tenue et par la richesse de son exposé :
Recettes pour une meilleure peinture à l'huile par Jean-Charles
FUMOUX ancien élève de Robert Mermet, restaurateur de tableau et professeur
de peinture.
Pour finir, une autre petite image pour la distraction.

Cette fois, nous avons (Claude et moi) mélangé les huiles pour voir leur
interaction. Regardez bien ! Vous voyez nettement l’influence de la
litharge sur l’huile de lin et l’huile de noix. Dans les deux cas, la litharge
éclaircit les huiles.
Un truc a savoir : la plupart des œuvres exposées au Musée du Louvre ont
été peintes avec de l'huile de noix cuite à la litharge et du blanc de plomb.
Aujourd'hui, le monde entier admire des oeuvres créées quatre siècles plus tôt
et qui ont gardé toute leur fraîcheur. Est-ce un vœux pieu que d’espérer que
les œuvres d’aujourd’hui tiennent les promesses de celles du passé ?
Ceci est une note amicale à l’intention des conservateurs, des industriels, du
législateur et du secrétaire d’Etat chargé du tourisme.
Bonne réflexion, bonne lecture et excellente peinture à tous….